La fiscalité made in France encourage les placements sans risque

Les atouts du Livret A, dont le capital est garanti et très liquide, brouillent le message des autorités publiques.

La réaction des épargnants à la politique de taux zéro de la BCE le démontre à l’extrême : l’appétit des Français pour la prise de risque financière est très faible (voir ci-contre). Ils privilégient largement les placements prudents, même lorsque la rémunération moyenne diminue. En France, ce comportement est en grande partie culturel, mais ce trait de caractère est aussi encouragé par la fiscalité de l’épargne.


Cette dernière délivre aux ménages un message peu ou prou inverse à celui de la politique monétaire de la BCE : Francfort voudrait que l’épargne des Européens soit davantage investie sur des durées longues et orientée vers le financement « productif » des entreprises (notamment sous forme d’actions ou d’obligations). Or, en France, c’est plutôt l’inverse : « L’épargne placée dans les produits liquides et sans risques est faiblement taxée, là où l’épargne employée dans le financement durable et à risque des entreprises reste le plus souvent lourdement taxée », soulignait l’an dernier l’Association française des marchés financiers (Amafi) en annexe d’un rapport publié par Paris Europlace.

De fait, même si les montants que l’on peut y placer sont limités, le Livret A et son frère jumeau le livret de développement durable bénéficient d’une fiscalité imbattable : les revenus d’intérêt ne sont soumis ni à l’impôt, ni aux prélèvements sociaux. Or, pour l’épargnant, cette épargne réglementée ne présente aucun risque et les fonds qui y sont déposés sont disponibles à tout moment. Difficile de faire mieux. Récemment, les Français ont commencé à se détourner du Livret A qu’ils ne trouvent plus assez rentable (0,75 % par an), mais il reste un poids lourd de l’épargne populaire avec un encours total de 255,2 milliards d’euros au 30 avril.

La prise de risque est mal récompensée

Le constat est plus ambigu pour la seconde locomotive de l’épargne des particuliers : l’assurance-vie. A première vue, pas de doute, la fiscalité encourage bien une détention longue. Ce n’est qu’au-delà de huit années que les gains tirés de ses placements peuvent être soumis à un impôt réduit (7,5 % forfaitaires + prélèvements sociaux). Cela encourage bien les épargnants à plus de constance… mais pas forcément à plus de témérité. En effet, au sein de l’assurance-vie, les épargnants ont le choix entre deux poches : le fonds en euros, garanti, et dont les gains sont capitalisés chaque année. Et des contrats plus risqués davantage investis en actions comme les unités de compte (UC). Il a existé par le passé des incitations fiscales à se porter sur les UC, mais au succès limité, l’écrasante majorité des fonds restant encore placée sur la poche en euros.

A l’inverse, la prise de risque plus directe reste mal récompensée par le fisc. Pour l’Amafi, cet état de fait a connu son « apogée » en 2013, lorsque la fiscalité des plus-values (jusque-là forfaitaire) a été alignée sur celle de l’impôt sur le revenu, plus sévère pour les ménages les plus aisés, les plus susceptibles d’investir sous cette forme. De quoi faire de la détention directe d’actions « la forme d’épargne la plus taxée ». « Un rééquilibrage de la fiscalité de l’épargne est amorcé en faveur de l’épargne en actions, particulièrement en cas de détention longue », reconnaît toutefois l’Amafi. « Mais ses modalités d’application rendent le dispositif inefficace et relativement dissuasif. »

Source: lesechos.fr

 

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